Voici un article fort divertissant publié récemment dans la prestigieuse revue Nature.Nature. 2009 Dec 8.Brièvement, les auteurs de cette étude ont administré de la testostérone (l'hormone masculine) ou un placébo à des femmes avant de les faire participer à un jeu simple de négociation avec ultimatum (ultimatum bargaining game). Le joueur A fait une proposition de partage d'argent au joueur B. Le joueur B accepte ou refuse l'offre. Le joueur A peut alors poser un ultimatum pour forcer le joueur B à accepter son offre. Celui-là peut ensuite poser un véto qui fait cependant en sorte que les deux joueurs perdent leur mise. Il est donc essentiel dans ce jeu que le joueur A fasse la proposition la plus juste possible pour que le joueur B ne la refuse pas, et qu'ainsi les joueurs fassent leur gain. La découverte de cette étude est que les joueuses à qui on a administré de la testostérone ont tendance à faire des propositions plus justes, donc à moins "tricher"... tant qu'elles ne savent pas avoir ingérer de la testostérone! Si on leur laisse croire qu'elles en ont pris la tendance est complètement inversée.Prejudice and truth about the effect of testosterone on human bargaining behaviour.
Eisenegger C, Naef M, Snozzi R, Heinrichs M, Fehr E. Institute for Empirical Research in Economics, Laboratory for Social and Neural Systems Research, University of Zurich, 8006 Zurich, Switzerland. Both biosociological and psychological models, as well as animal research, suggest that testosterone has a key role in social interactions. Evidence from animal studies in rodents shows that testosterone causes aggressive behaviour towards conspecifics. Folk wisdom generalizes and adapts these findings to humans, suggesting that testosterone induces antisocial, egoistic, or even aggressive human behaviours. However, many researchers have questioned this folk hypothesis, arguing that testosterone is primarily involved in status-related behaviours in challenging social interactions, but causal evidence that discriminates between these views is sparse. Here we show that the sublingual administration of a single dose of testosterone in women causes a substantial increase in fair bargaining behaviour, thereby reducing bargaining conflicts and increasing the efficiency of social interactions. However, subjects who believed that they received testosterone-regardless of whether they actually received it or not-behaved much more unfairly than those who believed that they were treated with placebo. Thus, the folk hypothesis seems to generate a strong negative association between subjects' beliefs and the fairness of their offers, even though testosterone administration actually causes a substantial increase in the frequency of fair bargaining offers in our experiment.
La testostérone semble donc avoir un effet lubrifiant sur les rapports sociaux. Par contre, cette hormone a tellement mauvaise presse que la croyance populaire en son pouvoir mâléfique induit des comportements anti-sociaux chez les femmes qui croient en avoir ingérée.
Trêve de jeux de mots, il faut rappeler que pour simplifier l'interprétation des résultats cette étude a été conduite uniquement chez des femmes et qu'elle ne permet pas de déterminer que la testostérone joue le même rôle positif dans le cas des hommes. Il y a même des indications scientifiques contraires (1).
Est-ce que cet article pourrait être repris comme argument par les masculinistes?
Dans la même ligne de réflexion, j'ai bien apprécié un billet récent de mon collègue cybernétique Tym Machine sur la tuerie de Polytechnique. Je ne suis pas toujours d'accord avec lui, mais dans ce cas-ci, il pose des questions pertinentes. La question peut être résumé ainsi pourquoi ont-ils laissé un individu seul et armé conduire son massacre sexiste? Pourquoi n'ont-ils pas tenté, au péril de leur vie, de le désarmer? Question pertinente et dure; je n'oserai me prononcer. Il faut avoir été confronté soi-même à la mort par un homme qui vous met en joue pour ressentir ce que ces personnes ont eu à vivre. Personnellement, je joue souvent au héros dans ma tête... Je ne sais pas encore ce que je vaudrais dans la réalité.








